Hubble

de Toni Myers, 2010, ***

J’avais neuf ans quand Hubble a été lan­cé. Surtout, j’avais treize ans lorsqu’un équi­page est mon­té lui appor­ter une série de modi­fi­ca­tions visant à cor­ri­ger sa myo­pie ini­tiale : cette mis­sion, énor­mé­ment média­ti­sée à l’époque (plu­sieurs minutes de comptes ren­dus quo­ti­diens au jour­nal télé­vi­sé notam­ment), m’avait pro­fon­dé­ment mar­qué.

Étant tout à l’heure à la Cité des sciences (invi­té par l’UGC à voir une pré­sen­ta­tion sur le laser, très inté­res­sante soit dit en pas­sant, avec un pré­sen­ta­teur un peu à l’ouest mais à la pas­sion réelle et com­mu­ni­ca­tive), j’en ai pro­fi­té pour voir Hubble, film réa­li­sé cette année et pro­je­té à la Géode.

Le film retrace l’histoire de Hubble, à tra­vers trois mis­sions spa­tiales : STS-31 (Discovery, 1990, mise en orbite), STS-63 (Endeavour, 1993 donc, répa­ra­tions optiques) et STS-125 (Atlantis, 2009, amé­lio­ra­tions, nou­veaux ins­tru­ments et rem­pla­ce­ment du sys­tème de posi­tion­ne­ment).

L’image est bien enten­du le prin­ci­pal point remar­quable. La Géode, pour ceux qui l’ignoreraient, est une des rares salles hémi­sphé­riques en ser­vice en France. Le pro­jec­teur est un Omnimax, autre­ment dit un IMAX (70 mm à défi­le­ment hori­zon­tal) équi­pé d’un fish-eye. Et sur les séquences qui tirent vrai­ment pro­fit, c’est vrai­ment impres­sion­nant : bien assis, légè­re­ment bas­cu­lé en arrière, on est immer­gé sur la tota­li­té du champ de vision, avec une défi­ni­tion impres­sion­nante.

Certes, les droites ne sont pas tou­jours droites, les aber­ra­tions chro­ma­tiques en bor­dure sont notables, et bien enten­du le piqué s’effondre en péri­phé­rie (le fish-eye à la pro­jec­tion cor­rige la dis­tor­sion du fish-eye à la prise de vue, mais il ne peut pas recréer les détails dis­pa­rus), mais c’est vrai­ment impres­sion­nant et immer­sif. Je n’avais vu qu’une fois une pro­jec­tion Omnimax, il me semble que c’était à Aéro-City (parc à thème ardé­chois, cou­lé en 2002, relan­cé l’an pas­sé sous un nou­veau nom, et sur­tout connu pour être le cime­tière d’un raris­sime Bréguet 941S qui serait bien mieux dans un musée), en tout cas j’avais une dizaine d’années et mon sou­ve­nir n’était pas aus­si impres­sion­nant, ça a dû s’estomper avec le temps. En vrai, c’est vrai­ment superbe.

Le pro­blème, bien sûr, c’est ce petit détail : « sur les séquences qui tirent vrai­ment pro­fit ». Les images tirées de Hubble sont bien enten­du dans ce cas (le propre d’un téles­cope spa­tial, c’est d’avoir une réso­lu­tion au top et d’en tirer des images super­be­ment défi­nies) ; les images de STS-125 éga­le­ment, la NASA ayant envoyé une camé­ra IMAX avec l’équipage. Mais le reste… C’est sou­vent fil­mé au camé­scope par les équi­pages des mis­sions pré­cé­dentes, ou bien c’est des extraits d’émissions d’actualités, dans le meilleur des cas c’est du 35 mm « gon­flé » pour mon­ter en IMAX. L’image est donc in fine extrê­me­ment variable et par­fois bien pour­rave.

L’autre fai­blesse du film, c’est qu’il s’adresse de toute évi­dence à des Américains. Les cos­mo­nau­tes¹ sont donc de véri­tables héros ris­quant leur vie pour la gran­deur de la nation, ou un truc du genre, et ce côté rou­le­ments de tam­bours me gave un peu. La nar­ra­tion souffre éga­le­ment de quelques cita­tions cultes, telles que : « cette galaxie est située à dix mil­liards d’années-lumière. La lumière qu’elle émet a voya­gé des mil­liards d’années avant de nous parvenir«².

Alors, à voir ou pas ? Ma réponse en bref : oui. Ne serait-ce que pour en prendre plein les mirettes, pasque c’est bô, tout ça.

Après tout, on est pas obli­gé d’écouter ce qui se raconte.

PS : j’oubliais un truc. Y’a une scène qui par­le­ra for­cé­ment aux pho­to­graphes, parce que c’est un vieux rêve qui se réa­lise. Un type qui se pro­mène avec un Nikon pro et ce qui res­semble fort à un 600 mm f/4, et qui mani­pule ça d’une main comme n’importe quel com­pact.

Y’a pas, ça a du bon, l’apesanteur. ^^

Au pas­sage, salu­ta­tions aux trois autres invi­tés UGC, un père, son fils et sa fille, qui sont sans doute par­mi les amis à usage uni­que³ les plus inté­res­sants que j’aie croi­sés. Merci pour les trois heures bien sym­pas.

¹ Avant qu’un fâcheux quel­conque ne me fasse remar­quer qu’on doit dire « astro­naute » pour les Américains, j’avance que par défi­ni­tion un astro­naute va sur un astre. Il y en a eu vingt-trois si mes comptes sont exacts, en admet­tant tous ceux qui ont fait un aller-et-retour Terre-Lune (douze si on ne compte que ceux qui ont effec­ti­ve­ment tou­ché un astre). Les gens qui ne visitent ni n’approchent un astre, mais voyagent dans l’espace, sont des cos­mo­nautes (navi­ga­teurs de l’univers en grec). Quant à « spa­tio­naute » et « taï­ko­naute », ça ne veut rigou­reu­se­ment rien dire puisque ça mélange les langues (latin-grec et man­da­rin-grec).

² Promis, je me moque­rai plus jamais du « tu te rends compte, si on était pas res­té tan­ké une heure qua­rante dans le sable, ben on serait arri­vé depuis une heure qua­rante » de Johnny Hallyday.

³ Ce sont des ciné­philes, donc je leur fais confiance pour com­prendre l’allusion si jamais ils tombent sur ce blog.