Capitalism : a love story

de Michael Moore, 2009, ***

Après General Motors, les armes à feu, la sécurité sociale, George Walker Bush et consorts, Michael Moore s’en prend à l’économie financière et à la doctrine dominante du pays : le capitalisme, « meilleur système économique du monde » selon Ronald Reagan (ce qui en soit devrait convaincre quiconque a un peu de jugeotte que le capitalisme est nuisible).

Le problème, c’est que Moore s’auto-caricature violemment dans ce film. Autant on connaît sa méthode ordinaire (tiens, un problème, je fonce dans le tas en demandant à mes interlocuteurs un truc du genre « what’s wrong with us ? », je trouve des exemples montrant qu’on a vraiment un problème et je les mets en lumière en mettant le nez dans nos contradictions), qu’on peut apprécier ou détester mais qui s’avère généralement marrante et efficace, autant ici, c’est un peu trop.

Le passage émollient destiné à montrer aux Américains une bonne famille honnête et méritante injustement privée de [sécurité sociale | enfant | emploi | habitation], qui arrive traditionnellement vers la fin du film et a tendance à énerver les non-Étasuniens, eh ben là, on commence avec, et y’en a trois ou quatre identiques disséminés dans le film. Du coup, on passe totalement à côté de ce qui pouvait être intéressant dans d’autres œuvres du même réalisateur : la mise en perspective — les entrevues avec Marylin Manson et Charlton Heston dans Bowlin for Columbine, le passage chez Phil Knight dans The big one, etc. L’humour noir a quasiment disparu également ; ici, il ne reste que la dénonciation et l’émotion, choses que n’importe quel journaliste de France 2 fait très bien (au lieu de faire son boulot, soit dit en passant).

Du coup, on a sous le nez le plus faible des films de Michael Moore. Bien sûr, ça reste regardable, bien sûr, on rit à l’occasion, bien sûr, certaines scènes sont excellentes, mais ça manque de consistance et 24 h après, il n’en reste rien. En gros, Capitalism : a love story se contente de remplir le contrat, ce qui n’est pas ce que j’attends d’un documentaire à charge.