Une affaire d’État

de Eric Valette, 2009, ****

Tout commence avec une alerte collision sur un DC-10, au-dessus du golfe de Guinée. Celle-ci va retentir jusque dans les bureaux élyséens à la veille d’une élection présidentielle, en passant par un marchand de mort honorable héritier d’une usine d’armement, des preneurs d’otages combattants de la liberté congolais ayant dans leur manche huit soldats français et un profiteur de guerre intermédiaire financier.

Balancés là-dedans, les hommes de main des uns et des autres bien sûr, dont un assassin patenté ancien légionnaire, mais aussi une jeune fliquette caractérielle et son commissaire blasé, une pute de luxe escort-girl et sa maquerelle patronne, un fouineur arriviste journaliste politique…

Un film de genre, oui, sans nul doute. Un polar classique, mâtiné d’espionnage, bien construit, respectant à la lettre les codes imposés de la discipline — même lorsqu’il s’agit de faiblesses, comme l’arrivée tonitruante du petit-jeune-flic-chien-fou-qui-va-bousculer-le-monde. Photo correcte, acteurs impeccables, scénario touffu et ambiance lourde, tout y est pour les amateurs.

Un film qui va tout de même un peu au-delà du contrat de base, en mettant directement en scène certaines magouilles multiples, des histoires dans l’histoire plutôt bien intégrées et qui renforcent la trame globale — y’a pas de grand méchant, pas de grand gentil, juste des gens, plus ou moins pourris, plus ou moins résistants, plus ou moins égoïstes et arrivistes. Pas de Blanche-Neige chez les pourris, non : l’héroïne n’est ni plus souple ni plus pure que les autres.

Et puis, on ne peut s’empêcher de penser que cette Affaire d’État est largement plus crédible qu’un président de la République annonçant que non, la France ne négocie pas avec les preneurs d’otage, aucune rançon n’a été payée, ils ont libéré leurs prises juste pour les beaux yeux du négociateur local.

Bref, c’est très recommandable.

Et au passage, après l’excellent Secret défense l’an passé, le polar français semble digérer une capacité à mouiller le pouvoir qui a longtemps paru être une spécialité de son homologue d’outre-Atlantique (Les pleins pouvoirs d’Eastwood, Des hommes d’influence de Levinson ou plus récemment Jeux de pouvoir de Macdonald par exemple). Chouette alors, pourvu que ça dure.