Sin nombre

de Cary Fukunaga, 2009, ****

Expulsé des États-Unis, un Hondurien compte refaire le voyage jusqu’au New Jersey, où l’attend sa famille. Il en pro­fite pour récu­pé­rer sa fille aînée, Sayra, et ils prennent la route en clan­des­tins sur un train de mar­chan­dises. De son côté, Casper est un mare­ro, membre d’un gang mexi­cain, voleur et meur­trier occa­sion­nel, que les hasards de son acti­vi­té vont mener sur la route des pré­cé­dents.

On peut repro­cher à Sin nombre de s’abandonner à une habi­tude facile : les deux que tout oppose qui vont for­cé­ment finir ensemble, ou la fille bien qui craque pour le ban­dit, enfin, vous voyez le truc. À côté de ça, le coup d’œil sur les migrants fuyant l’Amérique latine pour viser la terre pro­mise du nord est dur, sans pour­tant cher­cher à api­toyer le spec­ta­teur — on ne nous rap­pelle pas à quel point ils en chient, non, on se contente de mon­trer ce qui est. Idem pour la plon­gée dans la vie des maras, où l’on évite de dra­ma­ti­ser à outrance pour se conten­ter d’une forme de réa­lisme lar­ge­ment suf­fi­sante.

Du coup, au-delà du point de départ un peu rebat­tu, le film pos­sède une vraie force, une soli­di­té for­melle irré­pro­chable, avec une réa­li­sa­tion et une pho­to soi­gnées. Il prend d’autant mieux qu’il évite d’en faire des tonnes.

(Et acces­soi­re­ment, c’est agréable, de temps en temps, d’entendre une autre langue que l’anglais ou le fran­çais dans une salle de cinoche.)

En revanche, un petit car­ton rouge à l’UGC Ciné Cité des Halles, qui laisse ren­trer dans une salle archi-bon­dée un groupe d’une dizaine de per­sonnes vingt minutes après le début du film. Et voi­là un lot de cré­tins qui passent dans tous les sens, soufflent aux gens de les lais­ser pas­ser, masquent l’écran à ceux qui sont der­rière… Au risque de me répé­ter, quand je serai pré­sident, la Loi inter­di­ra d’entrer dans une salle pen­dant un film — on pour­ra admettre une déro­ga­tion pour les pom­piers si le ciné­ma brûle, à condi­tion bien sûr que l’ouvreuse n’ait pas ver­rouillé les portes.

Et puis tiens, deux pour le prix d’un : pour­quoi lan­cer les films de manière à ce que la salle 1 et la salle 2, soit soit la plus grande du com­plexe et une « moyenne » d’environ 150 places, se vident en même temps dans le même cou­loir de 1,5 m de lar­geur ? Pour peu qu’un film soit une œuvre peu com­mer­ciale mais saluée par la cri­tique (et béné­fi­ciant sans doute aus­si d’un excellent bouche à oreille) et l’autre une grosse machine d’humour fran­çais, ça fait dans les 600 spec­ta­teurs à éva­cuer… Il aurait suf­fit de déca­ler l’un des deux de cinq minutes pour limi­ter l’embouteillage.