Lucky Luke

de James Huth, 2009, ****

Première minute, ça commence fort : bon sang, c’est quand même pas Calvin (prononcez /djø) qui chante ? Vérification au générique, ah ben si, ils avaient raison : Il est partout (sauf à la Cigale le 4 novembre, bien sûr).

Après, bon, j’avoue, je me faisais guère de soucis pour Dujardin, vu qu’il sait être parfaitement sérieux (Le convoyeur, excellent), complètement barge (Brice de Nice, faut aimer, j’avoue : j’ai aimé) ou très exactement assez trop (OSS117, et c’est dans ce registre qu’on l’attend ici). J’ai été rassuré dans la bande-annonce de voir Sylvie Testud en Calamity Jane, Alexandra Lamy en chanteuse de bar ne m’inquiétait pas, et c’est à peu près tout ce que je savais avant d’entrer dans la salle mais j’étais donc en terrain connu.

Le début est un choc, que dis-je, un sacrilège, mieux : un blasphème. Tenez-vous bien : Lucky Luke a un passé. Ben merde alors. Lucky Luke était une caricature du héros mystérieux de western, qui apparaît ex nihilo et disparaît abruptement — pensez à « Blondin » dans Le bon, la brute et le truand, autre caricature du même personnage. Donner un passé à Luke, c’est lui imposer le rang bien plus complexe de l’homme à l’harmonica — ce n’est d’ailleurs pas forcément le seul hommage à Il était une fois dans l’Ouest : la poussière omniprésente et la contruction du chemin de fer transcontinental sont de la partie.

Pourtant, ça a son importance : on comprend pourquoi Luke ne tue quasiment jamais — et pas du tout depuis 1956¹. Du coup, c’est une super idée qui permet de renouveler un peu la série et de proposer un film plus profond — même si cet aspect est tourné en dérision, il reste présent.

À côté de ça, ce Lucky Luke est plus un hommage à la bande dessinée (c’est d’ailleurs présenté comme tel) que comme une vraie aventure de Lucky Luke. Euh, oui, à la bande dessinée, pas juste à Lucky Luke : j’ai vu passer un crabe aux pinces d’or (et j’ai été le seul de la salle à trouver ça drôle, ils connaissaient pas Tintin les autres ?), par exemple. Euh, en fait, pas qu’à la bande dessinée, au cinéma aussi, y’a même quelques westerns très classiques comme Règlements de comptes à O.K. Corral (« réalisé en 1957 par John Sturges, avec Burt Lancaster et Kirk Douglas au sommet de leur forme », comme dirait Eddy).

Reste qu’un film-hommage n’est jamais qu’une sombre bouse pathétique s’il n’est également un vrai film. Est-ce le cas ici ? Eh bien, malgré quelques inévitables faiblesses comme certains retournements téléphonés longtemps à l’avance (les personnages de Belle et de Cooper sont assez évidents) ou une poignée de scènes « trop trop » (l’arrivée de Jesse James, qui pique au passage à son frère sa logorrhée shakespearienne), dans l’ensemble, oui. On y trouve un montage nerveux, une bande-son d’excellente facture (même lorsqu’elle est ignoble dans la pure tradition Western), une photo soignée, un scénario parfois moins idiot et plus profond qu’il n’y paraît (et comme la stupidité faisait partie du cahier des charges, c’est une vraie bonne surprise)…

Au final, sans révolutionner l’histoire du cinéma, c’est un très bon moment assuré, où l’on découvre que Michaël Youn peut être supportable si on lui trouve un rôle qui lui va — et qui mieux que Billy the kid pour être interprété par cet abruti hyperactif ?

Dans l’échelle des adaptations de Lucky Luke, celle-ci prend en tout cas la première place, devant le Lucky Luke de Terence Hill.

En revanche, je vais me permettre un petit coup de gueule : pourquoi Daisy Town ? Certes, c’est un scenario en or pour un cinéaste, pour la bonne raison qu’il a été écrit pour le cinéma (l’album homonyme n’est sorti que douze ans après le dessin animé). Néanmoins, il y en a certains que j’aimerais beaucoup voir adaptés, et qui pourraient renouveler un peu le truc — j’ai parfois l’impression que Lucky Luke est devenu un genre de western à part entière, qui se passe forcément en ville. Franchement, qui ne voudrait pas d’un La diligence ? Road-movie + western, ça faisait plutôt bon ménage à une époque… Le fil qui chante, En remontant le Mississipi, Les Dalton se rachètent, Chasseur de primes (qui permettrait de boucler la boucle, étant l’une des plus évidentes parodies de cinéma de la série) pourraient à mon humble avis fournir de la matière pour quelques adaptations aussi…

¹ Depuis le temps que j’entends dire que Lucky Luke n’a tué personne depuis Mad Jim à la fin du Sosie de Lucky Luke, je craignais avoir rêvé, mais non : Phil Defer est bien abattu à la fin de l’album du même nom, mais dont une version édulcorée où il n’est que blessé est sortie plus tard. J’ai dû lire les deux versions, parce que les deux fins me rappellent quelque chose, même si j’étais bien certain de connaître la première mouture.