Le temps des dinosaures

de Carlos Saldanha, 2009, ****

Les scénaristes de L’âge de glace sont soumis à un défi de taille. Le succès phénoménal (et hautement mérité) du premier volet appelle en effet des suites ; mais dans le même temps, leur univers complètement barré ne peut se contenter de simples suites : deux âges de glace successifs dans le même environnement entraînerait vite une impression de redite, tant celui-ci, avec ses pièges et ses délires, est un personnage à part entière. Il leur faut pour réussir leurs paris successifs réinventer leur monde, leurs personnages, tout en restant fidèles à eux-mêmes — leur tâche me paraît plus compliquée que celle des collègues créateurs de Shrek, dont l’univers est suffisamment cohérent pour n’être pas obligés de le recréer à chaque opus.

Donc, après le début de la fonte dans L’âge de glace 2 (dont le titre original était justement The meltdown, la débâcle), Le temps des dinosaures s’affranchit du problème en quittant carrément le monde glaciaire pour une luxuriante forêt tropicale. On change d’animaux, on retrouve des plantes, on invente des gags.

Pour le reste, à son habitude, L’âge de glace dépasse le simple film à gags en se trouvant une thématique. Le premier volet explorait l’amitié, la compassion, la trahison, la justice et toute cette sorte de choses ; le deuxième mettait l’accent sur la quête d’identité (suis-je un mammouth ou un opossum ? Comment, la question paraît absurde, là, comme ça, hors contexte ?), l’exil, l’amour… Ici, c’est la famille et le couple qui forment le centre de l’histoire, avec pour la première fois un lien évident entre les délires avec Scrat (l’écureuil muet obsédé par un gland, qui vit sa vie en marge des autres personnages) et le reste du récit. Mais aussi la façon dont le couple influe sur les amitiés, et un premier abord de la vieillesse pour Diego, dont la découverte du phénomène me rappelle vaguement les chutes de Hartigan dans Sin city (rassurons les mères inquiètes pour leurs enfants : c’est le seul point commun entre les deux films).

Du coup, comme les précédents films, on pourra trouver plein de choses dans Le temps des dinosaures, selon le niveau de lecture choisi. Et comme celui-ci n’est pas imposé, on est libre de prendre ou de laisser, de sorte que tout le monde est susceptible d’y trouver son compte.

Par ailleurs, les cinéphiles seront très heureux de noter les innombrables références, qui vont de Jurassic park à Terminator 2 en passant par Les aventuriers de l’arche perdue… Comme dans bon nombre de comédies récentes (y compris Terminator : renaissance), on peut donc jouer à repérer les scènes et répliques reprises, c’est très amusant.

Donc, ça vaut le coup d’y aller, on s’amuse bien, on peut presque réfléchir si on a envie, et ça tourne comme une horloge de bout en bout. Hautement recommandable.