Looking for Eric

de Ken Loach, 2009, ***

Eric est postier. Divorcé, aussi. Sa fille prépare un mémoire et le laisse régulièrement garder sa petite-fille, ses deux beaux-fils le méprisent, et il ne s’est jamais remis d’avoir quitté son ex-femme. Un soir, il chourave de l’herbe dans la planque de son beau-fils, se roule un pétard, et trouve que l’autre Eric, Cantona, en poster au-dessus de son lit, le regarde bizarrement. Il lui demande son avis, et voilà Canto en chair, en os et en accent du midi qui apparaît derrière lui… L’occasion de repartir du bon pied ? À voir.

Cette plongée dans le quotidien désabusé de la société britannique part rapidement en vrille, les situations s’enchaînent en se détraquant, mais mine de rien, Ken Loach reste attaché à ses personnages, n’hésitant pas à les faire discuter — les dialogues sont particulièrement soignés, en particulier la valse anglo-marseillaise de Cantona — et à enchaîner les épisodes les plus cocasses et déjantés (Ken Loach est britannique, ne l’oublions pas) et des scènes où la sobriété formelle renforce le sérieux tragique du propos. Il en profite pour traiter nombre de sujets — famille, travail, rire, mémoire, éducation, estime de soi, amour, fidélité, bière… — sans jamais les imposer, et les amateurs de beaux gestes de foot (dont je suis, même si je peux pas blairer ce sport où 22 tapettes courent après une baballe et se mettent à chouigner au moindre incident) se régaleront de quelques rediffusions des plus beaux gestes de Cantona…

Un vrai bon moment de cinéma britannique, en somme, avec quelques personnages juste assez caricaturaux pour que ça fonctionne, et des situations totalement absurdes mais que le cinéaste fait passer sans problème.