Appaloosa

de Ed Harris, 2007, ****

« Le western est mort », répètent à qui veut l’entendre les culs-pincés pour qui un film, pour être proche du spectateur, doit en faire son héros dans une morne apologie de la vie de salon.

Et bien, au risque de les décevoir, le style qui forgea une bonne part du cinéma américain est toujours là.

Certes, il n’est plus le produit de masse qu’il fut dans les années 50 et 60, quand John Ford filmait John Wayne sous toutes les coutures et quand Burt Lancaster était une star internationale. Mais au final, on y gagne : les producteurs investissent moins dans ce genre prétendu dépassé, et ceux qui passent à travers les mailles et arrivent en salle sont bien mieux surveillés que la vague de filmes à la mode — vous savez, la comédie brouillonne qui s’occupe de vous montrer que votre vie morne et pathétique mérite aussi d’être filmée.

Du coup, le western n’en finit pas de se réinventer. Il mise sur le réalisme — finies les histoires hasardeuses d’indiens débiles qui attaquent au couteau des positions tenues par des canons –, sur les grands espaces — finis les « extérieurs » tournés dans un studio de 100 m² –, et surtout sur les histoires, en n’hésitant pas à pomper ici et là des idées qui traînent, qu’il s’agisse d’humour loufoque piqué au spaghetti ou d’essayer de donner un rôle aux femmes.

Et pour un Mort ou vif (de Sam Raimi, 1994) largement perfectible et plutôt hors-sujet, on s’est savouré de petits chefs-d’œuvre comme Danse avec les loups (Costner, 1990), Impitoyable (Eastwood, 1992), Open range (Costner encore, 2002), O’brother (Coen&Coen, 2000, et je trucide le premier qui me dit que c’est pas un western)…

Tout ceci pour arriver à cette remarque : Appaloosa ne fait pas exception. C’est un grand et bon western, fort, solide, non dépourvu d’une pointe d’humour, où Renée Zellweger joue un rôle central (qui a dit « hélas » ? Bon, c’est vrai, elle est pas tout à fait au niveau, mais passons). Western lui-même, c’est aussi un peu un méta-western, au sens où il contient tous les grands classiques du genre : c’est autant un hommage au western qu’un film à part entière, mais c’est suffisamment bien fait pour que ça passe sans problème.

On va donc éviter de parler de synopsis, tant celui-ci est vu et revu (un duo de justiciers appelé pour remettre de l’ordre dans un bled à la solde des bandits, voyez l’originalité du truc). C’est dans les détails que ça se joue, dans la façon dont tout s’enchaîne, dans la façon dont les deux taiseux qui tiennent l’affiche communiquent (bravo à Ed Harris et Viggo Mortensen à ce sujet), dans la façon aussi dont ils seront confrontés à leurs idéaux — ou plutôt à leur idéal, qui est essentiellement une question de droiture.

Après, on peut regretter une ou deux maladresses, comme l’étonnant passage où les héros se font plomber et ne sont que blessés alors que jusque là les balles tuaient à coup sûr (ç’aurait été bien d’avoir quelques blessés avant, surtout qu’à l’époque les balles étaient loin de tuer à coup sûr). On peut également trouver que Ed Harris ne soigne pas la photo comme peuvent le faire un Costner ou un Eastwood : hormis quelques plans vraiment réussis, elle est plutôt banale, et le choix d’un film modestement saturé, légèrement contrasté et à peine granuleux se discute (et ça se voit d’autant plus que le générique final est, lui, une véritable œuvre de photographe).

Mais il nous fournit un vrai bon western, solide, presque à l’ancienne, qui fonctionne à la perfection. Alors, on va pas pleurer.