National Lampoon’s animal house
de John Landis, 1978, **
Les fraternités. Ces « maisons » des universités américaines, où les étudiants se regroupent et parfois habitent par affinités idéologiques afin d’éviter d’être trop mélangés aux autres, de réseauter en vue de la suite et de faire la fête. Leur existence est la négation même du principe d’éducation méritocratique, mais une part non négligeable de la vie universitaire américaine tourne autour des « frats » — alors que chez nous, la ségrégation se fait plutôt par établissement, genre HEC, polytechnique et autres usines à ministres consanguins.
Donc, on est au début des années 60, et à l’université Faber, deux fraternités voisines ont des valeurs bien différentes : chez ΩθΠ (oui, les fraternités ont presque toujours des noms de lettres grecques, c’est prestigieux, intello et vide de sens donc ça leur correspond bien), les jeunes sont propres, la discipline et l’ordre règnent, les étudiants de première année obéissent aux plus anciens ; chez ΔΤΧ, c’est le bordel, ça picole tous les soirs en mélangeant les années, personne n’écoute personne, bref, c’est l’animalerie (d’où le titre) où on stocke les rebuts de la fac. Le doyen cherche logiquement un prétexte pour se débarrasser de celle-ci en virant ses étudiants de ses cours et en l’éjectant de son campus.

Animal house fait partie des films incontournables de la culture cinématographique américaine. Tourné à l’arrache, il a divisé la critique entre ceux qui louaient son esprit déjanté qui respecte rien et ceux qui regrettaient sa lourdeur et sa facilité. Il a en revanche ravi les foules d’ados et de jeunes adultes au point de rapporter environ 40 fois son budget. Sans surprise, la recette a fait école et il est considéré comme un des fondateurs d’un genre, la farce grasse, qu’on retrouve avec le même genre de public dans la série des American pie et dans d’autres parodies avec les Y a‑t-il un pilote/un flic, Police Academy et compagnie. Chez nous, Michael Youn est un héritier direct de cet esprit.
Alors, vu presque cinquante ans plus tard, ça donne quoi ?
Bah honnêtement : ça a salement vieilli. Le meilleur gag, c’est la traduction « française » de l’affiche, qui a renommé le film « American college », ce qui non seulement n’est pas français mais est en plus un énorme contresens puisque ça ne se passe pas du tout à l’université, mais sur le campus autour de celle-ci.

Le rythme est brouillon, l’histoire est un fatras aussi bordélique que ses personnages, les gags sont lourds et gratuits, on est loin non seulement des standards actuels, mais aussi de précurseurs comme M*A*S*H (qui, avec un peu le même esprit « on respecte rien », avait tout de même un scénario). Tout est caricatural et pesant, à commencer par les rebondissements sur les personnages rencontrés en route, comme la caissière. Le seul intérêt, c’est de voir Belushi et Bacon dans leurs quasi premiers rôles et de profiter de quelques répliques cinglantes, hélas éparses.

Heureusement, il y a la dernière séquence. La seule qui semble avoir été préparée avant le tournage. La seule qui semble avoir été écrite et pas totalement improvisée. La seule où Charles Correll, derrière la caméra, et George Folsey, au banc de montage, ont l’air d’avoir un peu réfléchi à ce qu’ils faisaient. La seule, du coup, où on voit ce qui se passe (la première demi-heure du film est presque systématiquement sous-exposée), où les gags fonctionnent, où le rythme entraîne le spectateur d’une absurdité à l’autre, où le talent et l’imagination des auteurs donnent des astuces visuelles et des rebondissements inattendus qui font enfin éclater de rire.
Clairement, ce grand finale sauve le film, qui n’était jusque là qu’un enchaînement de séquences dont la seule justification était de dire « t’as vu comme on ose tout, t’as vu comme c’est crade, t’as vu comme ça va choquer les bien-pensants ? »
De manière générale, il vaut commencer petit et finir en apothéose. Sur ce plan, Animal house est une réussite. Il a aussi montré aux producteurs qu’on pouvait faire des trucs délibérément cons et vaguement dégoûtants et faire de l’argent avec, ce qui nous a donné dans les décennies suivantes d’innombrables excellentes parodies (et des myriades de parodies nulles, aussi).

Mais dans l’ensemble, on ne peut pas ignorer que ses auteurs semblent un peu s’être limités à « on empile tout ce qui va faire chier Nixon, Carter et tous les gens bien comme il faut », ce qui est un peu juste pour vraiment faire une œuvre marquante.