Dust 2 glory
de Dana Brown, 2017, ***
18 novembre 2016. Dana Brown, réalisateur de documentaires sportifs, est assis à droite dans la Coccinelle d’Eric Solorzano. Ils sont à Ensenada, en Basse-Californie, où ils espèrent revenir en moins de 36 heures après avoir parcouru pas loin de 1400 km, essentiellement sur des pistes défoncées ou au milieu des dunes. Et pour s’assurer que les pistes soient bien défoncées, quelque 270 véhicules à deux ou quatre roues partent au cours de la journée, et la plupart seront passés avant les premières Coccinelle…

Voilà, c’est la séquence d’ouverture de Dust 2 glory, suite d’un des premiers films de Dana Brown, Dust to glory.
Une chose saute immédiatement aux yeux : la qualité d’image est bien, bien meilleure. Il faut de temps en temps refaire les mêmes plans à dix ans d’intervalle pour voir les progrès des caméras embarquées… Et bien entendu, il n’y a pas que les GoPro de Dana : même s’il s’est intégré dans un des véhicules de course, il a aussi engagé toute une équipe de tournage, avec hélicoptères et matériel dédiés. Et ils n’ont pas couvert que la Baja 1000 et ses préparatifs, mais aussi les trois autres courses de la série SCORE. On a donc des images relativement variées, soignées, beaucoup plus propres et « professionnelles » que dans le premier film.
En revanche, Dust 2 glory souffre encore plus que son aîné de l’absence d’un vrai fil conducteur. Il montre quatre courses, des dizaines de compétiteurs, il fait des va-et-vient entre portraits, préparatifs et compétitions, sans véritable cohérence. On nous présente plein de gens passionnés par la Baja 1000, qui expliquent d’où vient leur passion pour cette épreuve relativement unique qui va fêter ses cinquante ans en 2017. Certains disparaîtront définitivement sitôt présentés, d’autres seront à nouveau évoqués dix ou cinquante minutes plus tard, seule une petite poignée seront réellement suivis.
Évidemment, l’histoire de Rob Hall, 78 ans, qui a couru les quarante-huit premières éditions et s’engage dans la 49e sur un Humvee, celle de Warrior Built, une écurie de vétérans dont un pilote se tue lors d’une des premières courses de 2016 et dont le remplaçant pour la Baja 1000 est amputé de l’avant-bras gauche, celle de Lyndon Jones, un débutant qui se lance là-dedans sans assistance ni stock de pièces, celle de Bochito, une Coccinelle dont le pilote soutient une structure d’hébergement d’urgence pour les mères isolées, toutes ces histoires sont intéressantes et parfois touchantes. Mais au fil des allers-retours et des innombrables interviews, on ne sait plus qui est qui ni pourquoi on nous parle d’Untel ou de Telautre. Cette confusion générale nuit à la compréhension et perd vite le spectateur…

C’est d’autant plus dommage qu’outre les images de qualité et certaines histoires intéressantes, le montage est plutôt bien rythmé et le film aborde efficacement à peu près tous les aspects de la course, des préparatifs au podium d’arrivée (même bien après sa fermeture officielle) en passant par toute la moitié nord de la Basse-Californie. Il suffirait sans doute d’un peu d’élagage et d’une réorganisation du plan pour en faire un très bon documentaire, au lieu de ce fourre-tout joli et intéressant mais moins bien rangé que ma cuisine.