Shining

de Stanley Kubrick, 1980, **

Avec un peu de retard, j’ai enfin vu Shining, qui man­quait à ma culture kubri­ckienne (res­tent encore les trucs des années 50 et Barry Lyndon pour avoir fait le tour). Et là, pré­sen­te­ment, tout ce que j’ai envie de dire, c’est : « tout ça pour ça ?»

Shining n’est pas le meilleur Kubrick, loin s’en faut. Il n’est même pas bon, en fait, la faute à une uti­li­sa­tion trop sys­té­ma­tique de cer­tains effets (cou­pure son et inva­sion musi­cale, tra­vel­ling et zoom notam­ment) qui, après avoir par­ti­ci­pé à créer une ambiance, finit par la détruire en sur-annon­çant tout. Mais c’est pas non plus le pire et, d’ailleurs, il n’est même pas mau­vais (on retrouve quand même une cer­taine classe, le sur-jeu théâ­tral de Nicholson finit par fonc­tion­ner sur une paire de scènes, l’arrivée de Danny quand sa mère dort a quelque chose de magique et le coup du laby­rinthe final est assez réus­si).

Sa prin­ci­pale fai­blesse, en fait, c’est qu’il ne choi­sit pas. On a deux his­toires, celle du fils qui doit vivre avec sa double-vue et celle de la spi­rale folie pater­nelle-para­noïa mater­nelle, et elles ne vont pas vrai­ment ensemble ; il aurait fal­lu les réunir à un moment mais ça n’a pas réel­le­ment été fait. La pre­mière est beau­coup, beau­coup mieux trai­tée dans Sixième sens, qui ne la lâche pas au milieu ; la seconde aurait gagné à être mieux construite pour venir au centre du film, quitte pour cela à virer les scènes qui ne servent à rien et qui sont juste là pour don­ner l’impression d’un truc vache­ment réflé­chi sur la répé­ti­tion de l’histoire, la réin­car­na­tion ou l’implacable des­tin.

Finalement, ça fait le même effet que Rosemary’s baby ou Mulholland drive : quelques grands moments enro­bés de trop de pseu­do-intel­lo décons­truit et un refus de sim­ple­ment racon­ter une his­toire, et au bout du compte une impres­sion de glou­bi­boul­ga même pas vrai­ment indi­geste.

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